Activité physique et alimentation : sain...ou non?


Le but de cet article est de répondre à une question souvent demandée lorsqu’on parle d’alimentation et d’activité physique : Quelle est la différence entre ce qui est sain et ce qui l'est moins ?

Nous entendons souvent, voire de plus en plus, parler de l’importance de faire de l’activité physique et d’avoir une saine alimentation. Et avec raison, puisqu’on en connait maintenant les nombreux bienfaits physiques et psychologiques. Or, ayant aujourd’hui accès à une multitude d’informations sur le sujet, plusieurs se demandent si les préoccupations qui les habitent concernant leurs habitudes au niveau de l’activité physique et de l’alimentation sont «normales» ou, à l’inverse, s’ils devraient envisager y réfléchir plus longuement.

Comment départager tout cela ?

Quelques points de repère

Il est vrai qu’il peut être difficile d’établir une limite claire pour déterminer si un comportement ou une attitude est plutôt sain ou plutôt malsain. Il y a toutefois certains points de repère importants auxquels vous pouvez réfléchir si vous vous posez la question; pour vous-même ou pour un proche.

Motivation. Il est primordial de mettre ces habitudes et comportements en contexte et de s’attarder à ce qu’il y a derrière ceux-ci : qu’est-ce qui motive la personne à agir de la sorte ? Le fait-elle pour sa santé physique, par exemple prévenir le développement d’une maladie héréditaire ? Par plaisir ? Pour être à la mode et sentir qu’elle fait partie de la gang ? Pour l’apparence physique ? Allez plus loin dans la réflexion : qu’elles sont les motivations réelles ? Il peut parfois y avoir un écart entre ce que la personne rapporte comme étant ses motivations et ses réelles motivations ; plus profondes et parfois même inconscientes. Certains sont même convaincus qu’ils s’entrainent et/ou appliquent une certaine diète alimentaire pour leur santé d’abord, alors qu’une réflexion sur le sujet les emmène à réaliser qu’ils le font pour d’autres raisons, par exemple pour l’apparence physique, parce qu’ils ont peur de ne pas être désirables, appréciés, ou à la hauteur par exemple.

Rigide, envahissant et souffrant. Ces motivations ne sont bien sûr pas malsaines en soit, il est important de le mentionner, mais peuvent à la longue prédisposer l’individu à adopter des habitudes qui seront potentiellement nuisibles lorsqu’elles deviendront rigides (impossible de déroger de ses habitudes ou, si elle le fait, présente une détresse importante), envahissantes (quand les préoccupations concernant l’activité physique et l’alimentation prennent beaucoup de place, voir toute la place dans la vie de la personne, celle-ci pouvant aller jusqu’à s’isoler socialement) et source d’une souffrance importante pour l’individu et/ou pour ses proches. Il arrive d’ailleurs que la personne elle-même ne soit pas en contact avec la détresse reliée à ses habitudes, mais la présence d’une détresse, ou à un niveau moindre d’un agacement, chez les proches peut être un indicateur que les habitudes de la personne en question se font de plus en plus envahissantes et rigides, et donc, de moins en moins saines. Peurs et inquiétudes, colère, sentiment d’impuissance, sentiment d’être abandonné pour le gym ou le maintien de la routine quotidienne : ce sont quelques exemples de ce que l’entourage peut ressentir dans ce scénario.

Sévérité. On peut également s’attarder à la sévérité des symptômes. L’individu se sent-il coupable de ne pas aller à l’entrainement prévu ou bien de déroger à ses habitudes alimentaires ? Plus loin dans la réflexion : cette culpabilité est-elle quasi absente ? D’une durée de quelques minutes ? De quelques heures ? D’une journée entière ? De quelques jours ? On peut y voir le degré d’envahissement et la souffrance vécue en s’attardant à cette question. Il faut noter également que certains vont vivre de la colère, d’autre un sentiment de déprime. Peu importe que ce soit de la culpabilité, de la colère ou de la déprime, il s’agit d’émotions négatives reliées au fait de se voir déroger de ses habitudes. Ces émotions négatives laissent supposer que la personne a fondamentalement peur de quelque chose (prendre du poids, perdre sa masse musculaire, etc.) et y réagit de cette façon. Cette crainte est souvent reliée à des enjeux d’ordre émotionnels plus profonds qu’il est possible d’identifier dans le cadre d’une psychothérapie.

Quotidien affecté. Finalement, dans quelle mesure les préoccupations et habitudes de l’individu entrainent-elles un dysfonctionnement dans son quotidien ? C’est-à-dire une perte des repères habituels dans des domaines importants, tels qu’avoir un réseau social satisfaisant, s’investir dans plusieurs sphères comme les études, le travail, la famille, les loisirs, etc. Un exemple courant : l’individu s’isole de son entourage au point où son réseau s’effrite au fil du temps. Le maintien de ses habitudes prend une place telle qu’il refuse de plus en plus d’y déroger et délaisse ainsi les invitations et opportunités qui s’offrent à lui.

La réflexion est volontairement axée sur les manifestations permettant d’identifier si des préoccupations, comportements et habitudes en lien avec l’activité physique et l’alimentation sont dans le registre du «malsain», mais l’inverse est aussi vrai : plusieurs présentent un certain niveau de préoccupations et ont à cœur d’entretenir certaines habitudes d’activité physique et d’alimentation sans jamais présenter les éléments mentionnés plus haut (détresse, rigidité, réactions des proches, fonctionnement quotidien affecté, etc.).

Ainsi, il importe de positionner les habitudes en lien avec l’activité physique et l’alimentation sur un continuum, où se trouve à l’extrémité gauche une absence de préoccupations, ce qui est plutôt rare, et à l’extrémité droite, des préoccupations marquées entrainant souffrance et dysfonctionnement, où l’on parle ici d’un trouble des conduites alimentaires. Quand on sait que l’anorexie est présente chez 0,4 % de la population générale, et que la prévalence de la boulimie se situe entre 1 et 1,5 % (APA, 2013), on peut en conclure qu’ils sont eux aussi relativement rares, mais non moins importants. Chez certaines populations d’ailleurs, pensons aux adolescents et jeunes adultes à titre d’exemple, la prévalence augmente. Entre les deux pôles du continuum se trouve une multitude de comportements et d’attitudes plus ou moins problématiques.

En terminant : quand consulter ?

Dans une certaine mesure, il n’y a pas de bonnes ou de moins bonnes raisons pour décider de demander l’aide d’un professionnel. Cette décision repose globalement sur une volonté de réfléchir autrement sur soi, approfondir sa compréhension de certains comportements, attitudes ou patterns personnels qu’on remet en question et qu’on aimerait changer, et se réapproprier du pouvoir sur sa vie. Dans cette optique, il s’agit là d’une démarche accessible pour tous. Bien sûr, si vous vous reconnaissez ou reconnaissez un proche à la lecture de cet article, l’idée de consulter ou d’aborder ouvertement ses inquiétudes à l’autre est certainement une avenue à envisager.

Isabelle Labrecque

Isabelle Labrecque est docteure en psychologie (D.Psy) et psychologue membre de l'Ordre des psychologues du Québec.

Elle offre des services de psychothérapie individuelle auprès d'adultes et s'intéresse à une variété de problématiques, dont les difficultés reliées au poids et à l'alimentation.

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